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14.06.2006

Pour enfin un Bad Godesberg au PS ? Et la fin du déclin francais

Fort interessante cette analyse à gauche de ce que pourrait être enfin une gauche française moderne très très différente de ce qu'elle montre au travers de son programme inepte (voir lien ci après):

http://sociauxliberauxidf.hautetfort.com/

Cela confirme l'analyse de beaucoup, qui est aussi depuis longtemps la mienne, que la principale origine du mal français, de notre déclin, réside dans la très forte persistance d'un archaïsme de gauche.


Nota: Lionel Stoleru s'y annonce ancien Ministre socialiste, il fut aussi Ministre ou à défaut proche conseiller de VGE si mes souvenirs sont exacts.

Voici copie intégrale de cet article de Lionel Stoléru:

14/06/2006
I.E.S. : « pour une gauche qui tienne la route » par Lionel Stoléru (Ancien Ministre socialiste)

Un sondage passé assez inaperçu éclaire d’un jour cru la sociologie française : à la question «Faites-vous confiance à l’économie de marché comme système économique?» la réponse est «oui» pour 80% des citoyens des pays venant du communisme (Russie, Chine, Europe de l’Est), pour plus de 50% des citoyens de tous les pays industrialisés sauf la France , où elle n’est que de 36%.

L’exception française, elle est là : subir un système qu’on n’aime pas et rêver d’un « autre » système dans une utopie déconnectée de la réalité de toute notre planète : le village gaulois Economix contre le reste du monde.

Ce sondage explique à lui seul le « non » au référendum sur l’Europe : l’Union Européenne, c’est le grand marché qui envahit le village gaulois, et on ne va pas voter pour cela !

A un an de l’élection présidentielle, la gauche pourrait, dans un premier temps, se réjouir : plus éloignée idéologiquement du marché que la droite, peut-elle profiter de ce comportement des électeurs, voire l’encourager en les caressant dans le sens du poil ?

Oui, pourrait-on dire, si la Gauche , une fois élue, avait les moyens de respecter de telles promesses électorales, mais tout le monde sait que c’est faux : la gauche, comme la droite, devra gouverner en économie de marché, sauf à quitter l’Union Européenne, à fermer nos frontières, à nationaliser les entreprises, bref à revenir un demi-siècle en arrière. Personne ne le fera. Il n’est pas vrai que la gauche renationalisera EDF après 2007, il n’est pas vrai qu’elle abrogera la réforme des retraites. Promettre des lendemains qui chantent, avant 2007, et qui déchantent après, est-ce digne d’une grande formation démocratique ?

Cela ne veut pas dire que, à partir du moment où le marché s’impose à tous, droite et gauche sont bonnet-blanc et blanc-bonnet. L’exemple des Etats-Unis, de l’Angleterre, de l’Allemagne, de la Suède montrent clairement qu’il y a, en économie de marché, des politiques de gauche et des politiques de droite tout à fait distinctes.

Il faut donc sortir des discours simplistes et approfondir ce que peut être une politique économique de gauche.

La caractéristique fondamentale d’une économie de marché, c’est qu’elle avance en équilibre instable sur une crête bordée de deux précipices : l’inflation d’un côté, le chômage de l’autre. Très précisément, comme on va le voir, l’inflation à droite, le chômage à gauche.

En effet, sans faire un cours professoral, l’équilibre économique est avant tout, en économie de marché, l’équilibre entre l’offre des entreprises et la demande des consommateurs. Si l’offre est, à un certain moment, insuffisante, les prix s’envolent : c’est le cas actuellement pour le pétrole. Si la demande est, à un certain moment, insuffisante, les stocks s’accumulent, les entreprises n’embauchent plus ou licencient, c’est le chômage.

Or, quels sont les remèdes ?

A l’inflation, le remède est d’aider les entreprises à produire plus, en encourageant le capital, en détaxant les investissements, en leur accordant des taux d’intérêt bonifiés. C’est une politique favorable aux entreprises, c’est une politique de droite.

Au chômage, le remède est, depuis Keynes, de relancer la demande par des revenus supplémentaires aux consommateurs, des prestations sociales, des grands travaux initiés par le budget de l’Etat. C’est une politique favorable aux ménages et notamment aux plus modestes, c’est une politique de gauche.

En clair, un pays en inflation a besoin d’un gouvernement de droite, un pays en chômage a besoin d’un gouvernement de gauche. Cela s’est vérifié aux USA où Clinton a combattu le chômage et où Bush combat l’inflation, en Angleterre avec Mme Thatcher et Tony Blair et, à un degré moindre, en Allemagne où le modèle d’économie sociale de marché garantit une plus grande stabilité économique.et politique. Pendant les vingt ans d’inflation de 1960 à 1980, la France a été gouvernée à droite. Quand le chômage est apparu massivement, elle a élu la gauche en 1981. Sans le chômage, F. Mitterrand n’aurait pas été élu. En 2007, seule une politique de gauche permettra de maîtriser le chômage.

Oui, mais voilà, une politique de gauche, mais pas n’importe laquelle : une politique anti-chômage en économie de marché, qui s’inscrive dans le fonctionnement international de ce système et n’essaie pas de s’y opposer. Faut-il rappeler que, de 1945 à 1975, la France a vécu en plein-emploi en économie de marché, faut-il rappeler qu’en 2006, les USA et l’Angleterre sont en plein-emploi en économie de marché ? Faut-il rappeler qu’il y a des moyens économiques plus subtils et plus efficaces pour limiter les licenciements que de les interdire par la loi ?

Il est temps, il est grand temps, que la gauche tienne un discours qui la mène à la double victoire : la victoire électorale et la victoire contre le chômage. L’une sans l’autre, c’est en vérité, la défaite, la défaite pour la gauche, la défaite pour la France.

Le contenu technique de ce discours n’est pas tellement difficile à formuler : notre expérience dans le passé, et l’expérience actuelle des autres pays, nous en donnent les références précises. Le rapport M. Camdessus sur le sursaut, le rapport Ch. St Etienne sur la fiscalité sont des guides sérieux. Il reste à en trouver une formulation politique simple qui entraîne la conviction et l’adhésion plutôt que la résignation.

Ce discours de gauche, il tient en ces quelques mots, qui étaient la devise de Pierre Massé lorsqu’il était, auprès du Général de Gaulle, Commissaire au Plan : « accepter les faits, non les fatalités ». Le marché est un fait, le chômage n’est pas une fatalité.
Un pays, tout compte fait, est comme un homme : comme chacun d’entre nous, il a ses forces et ses faiblesses. En économie de marché, les combats d’arrière garde sont des combats perdus, il faut identifier ses points forts et y concentrer l’action. La France n’en manque pas : des formations de haut niveau, des entreprises n° 1 mondiales, des secteurs de haute technologie, des créations d’entreprise en plein essor, une épargne nationale abondante, des services de qualité etc…

La gauche a, dans ce contexte, la mission d’assurer tout d’abord une base sociale stable et sécurisée : maladie, chômage, retraite. J’y ai, avec Michel Rocard, apporté ma contribution en créant le RMI, voté à l’unanimité et jamais remis en question. Une armée qui abandonne ses blessés ne sera jamais une armée victorieuse.

Au-delà de cette base sociale, la Gauche a vocation à assurer la justice sociale en corrigeant les inégalités que crée inévitablement le marché : redistribution fiscale, santé, retraite et éducation sont des priorités politiques absolues.

Elle a ensuite la mission de remettre en route l’économie, aussi bien en soutenant la demande des ménages, donc leur intégration par l’emploi, et la capacité des entreprises que par une maîtrise des charges sociales et du budget de l’Etat.

Elle a enfin, et c’est peut-être là l’essentiel, le devoir de renouer le dialogue social, de créer le débat constructif de la politique contractuelle, de mettre fin au ménage à trois Etat -Syndicats -Patronat pour redéfinir les responsabilités de chacun, de recréer la culture du compromis social où chacun cherche à comprendre ce qui est acceptable par l’autre au lieu de chercher à le faire capituler. La droite n’a jamais rien compris au syndicalisme, seule la gauche peut redonner du lien social à la France pour que tous nos concitoyens avancent ensemble.

La fin de règne calamiteuse de l’actuel Président, et les priorités économiques de la France actuelle sont telles qu’elles donnent « objectivement » à la gauche une quasi certitude de gagner en 2007. Encore faut-il qu’elle ne se trompe pas de combat.

Lionel Stoléru

Ancien Secrétaire d’Etat au Plan - Président du Conseil de Développement économique de Paris

15:49 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : Bad Godesberg, PS, programme PS, déclin français, renouveau,

Commentaires

Là où quand même il pousse un peu le bouchon, c'est quand il dit que la Droite n'a jamais rien compris au syndicalisme et que seule la Gauche a le pouvoir de renouer le dialogue social !!! TOUS le syndicats disent que jamais le dialogue n'a été aussi inexistant que sous Jospin et les rapports aussi mauvais !!
Et à lire F.Fillon, qui les a pratiqués tant pour les retraites qu'à l'EN (excusez du peu !), ce dialogue est possible et l'UMP a parfaitement compris l'enjeu d'une réforme tant des Syndicats que des règles à observer avant toute prise de décision importante (cf CPE, alors que F.Fillon avait fait voter une loi sur le dialogue social en 2004 !!)

Ecrit par : Anne | 14.06.2006

Bien sur d'accord Anne, on ne demande pas à la gauche de copier en tous points l'UMP, "seulement" de se libérer de ses archaïsmes et de ses divers oripeaux, que pour l'instant à défaut d'abandonner elle tente de cacher par par une suite de catalogues de surenchères démagogiques et ruineuses avec ses extrêmes.
Comme je suis convaincu que la principale origine de nos problèmes et de notre déclin est à trouver là, je pense que la perennité d'une politique de rupture et de redressement de notre pays passe aussi par une stratégie tentant d'aider le PS à pratiquer son Bad Godesberg.

Ecrit par : yves | 15.06.2006

Evident ! Il serait temps qu'ils se mettent à tenir le langage de vérité aux Français (ils savent trés bien pour la plupart), tellement prompts à croire que rien n'a besoin de changer..sinon dans le renforcement des protections de toute nature ! En attendant, ce ne sera encore pas pour 2007, le programme PS étant quasi abouti : il ne leur reste plus qu'à chiffrer leur copie...broutille ! "on verra" !

Ecrit par : Anne | 15.06.2006

Anne, j'ai survolé en diagonale et je n'ai pas réussi à aller jusqu'au bout de la lecture de ce galimatias démago et à nouveau ruineux qu'est le programme du PS pour 2007. A pleurer.
Peut être Ségolène commence t elle à dire tout haut ce que peut être elle disait off précédemment, mais peut être aussi ne fait elle que draguer large par la parole à droite tout en acceptant finalement le filet lancé à gauche avec ce programme ayant tout de même valeur de contrat (les paroles s'envolent, les écrits restent !). Wait and see sur le sujet.

Ecrit par : yves | 15.06.2006

MR STOLERU

FUT SURTOUT

TRES IMPORTANT LOBBYISTE ACTIF

DE LOBBIES JUIFS

FRANCE ISRAEL

TRACTATIONS FINANCIERES etc ...


que l operation financiere soit dissimulée sous un vernis "" de droite " ou "" de goooooooooooooooooche ""

selon les circonstances du moment

Ecrit par : gtr | 17.06.2006

Yves,
Je me pose quand même une question.
Si Stoleru a raison, pourquoi le chômage a augmenté pendant le premier septennat de Mitterand ?
Pourquoi ce fut sous Mitterand que l'on est parvenu à maîtriser l'inflation ?
Comment faire pour que la gauche puisse se libérer de ses archaïsmes ?
Son schéma me semble un peu simple.

Je reviens sur mon cheval de bataille :
Il me semble impossible de obtenir une gauche et une droite responsables, tant que l'on vivra avec une direction bicéphale.
Deux chambres (sénateurs et députes) pouvant avoir des majorités de tendances opposées.
Un exécutif pouvant être lui aussi atteint de "bicéphalite" aiguë (cohabitation)
Une multiplicité de niveaux de décision qui par nécessité politique se contredissent.

Tout le monde veut commander, personne est prêt à se laisser les autres gouverner en paix et assumer ses responsabilités.

La V République doit laisser sa place à la VI.

Limiter le nombre de partis (comme celui des syndicats par ailleurs) pour éviter que des partis minoritaires puissent prendre plus d'importance qu'il ne doivent et faire du chantage.
C'est la leçon qu'on aurait du tirer de la IV République. Cela aurait permis de limiter le pouvoir de l'exécutif et le rendre réellement responsable devant le parlement.
Assainir la vie des partis pour éviter que une minorité d'appareil puisse les contrôler (c'est peut être le cas au PS dans certaines sections et c'est l'une des origines de la surenchère gauchiste)

Pour ce qui est du Bad Godesberg du PS, il a été fait et malgré ça je vois la chose assez mal.
Les extrémistes du PS ont été formés aux mêmes méthodes démagogiques du FN.
La difficulté à gauche comme à droite est que plus la situation est ruineuse plus les extrémistes sont forts et plus les cadres et les dirigeants des partis doivent adopter leur discours.
Je me demande s'il ne faudra pas toucher le fond pour provoquer la prise de conscience nécessaire.

Ecrit par : paramo | 24.06.2006

Je vois que les antisémites se manifestent. Ca sent mauvais !

Ecrit par : paramo | 26.06.2006

Eh oui Paramo, peut être faudra t il attendre d'avoir touché le fond pour que la renaissance enfin survienne. C'est pourquoi, même si la chance est faible, je pense qu'il faut tout faire pour inciter la gauche faire sa mue moderniste. Je vois que à cet égard, tu es proche de certaines idées que j'ai développé précedemment notamment le fait de trouver un système electoral évitant l'émiettement et favorisant le bipartisme, qui à mon sens devrait sous une forme différente s'étendre aux élections syndicales. Ceci dit, je crains de devoir être d'accord avec toi sur l'hypothèse la plus probable qu'il faudra toucher le fond pour parvenir à des sursauts salvateurs

Ecrit par : yves | 27.06.2006

Peut-être que un mouvement pro VI République permettrait de passer par la case "Tour en enfer" ...
Un tel mouvement pourrait rassembler des gens de gauche comme de droite.
En somme :
Les règles du jeux sont trop connues d'une "élite". De plus elles garantissent plus la légitimité du système.
Alors pourquoi ne pas les revoir ?

Ecrit par : paramo | 28.06.2006

paramo,

L'UMP, par les travaux de F.Fillon souhaite une modification des Institutions. L'exposé de ses propositions sont sur le site UMP (discours Fillon).
Je préfère ces propositions à celles d'Arnaud de Montebourg qui souhaite renforcer les pouvoirs du 1er Ministre, comme dans un régime parlementaire classique, sans remettre en cause l'élection du Pt au suffrage universel : or la légitimité que donne au Pt son élection ne permet pas d'en réduire le rôle, surtout dans un quinquennat ! L'évolution raisonnable doit se faire vers un régime présidentiel, avec contre-parties : responsabilité directe du Pt devant l'Assemblée dans certains cas, puisqu'en fait c'est lui qui maintenant gouverne ! Il y a dans ces propositions de nombreux points abordés pour assainir les pratiques politiques (nominations etc) et accroître les responsabilités, sans entraver pour autant leur action.

Ecrit par : Anne | 29.06.2006

J'ai du lire en diagonal ce discours. Il m'avait paru intéressant mais je n'arrive pas à le retrouver.

Ecrit par : paramo | 29.06.2006

Anne,
En tout cas cela m'est apparu plus intéressant que ce que M de Montebourg propose.

Ecrit par : paramo | 29.06.2006

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