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10.08.2006
Inciter le capitalisme « financier » d’aujourd’hui à redevenir aussi un capitalisme « d’entreprise »
Nous le constatons tous, ces dernières années le capitalisme a subit une de ces transformations dont il est coutumier. La montée en puissance des fonds de pension anglo-saxon (anglo-saxon, car gauche et syndicats français ont diabolisé le système de retraite par capitalisation, sauf bizarrement pour les fonctionnaires qui bénéficient du système de retraite par capitalisation Prefon !) a ces derniers temps singulièrement changé la donne du capitalisme. Les entreprises ont de gros besoin en capitaux pour financer leur croissance, les fonds de pension ont beaucoup d’argent à placer pour le compte des salariés anglo-saxons plaçant leur épargne en vue de leur retraite. Jusqu’ici, tout va bien ; oui mais il y a un hic, les gestionnaires fonds de pension gèrent la masse de leurs capitaux à investir en opportuniste au mieux des intérêts de leur mandant, à tout moment, au coup le coup, et le système s’affole. Là où les entreprises ont besoin de stabilité dans leur actionnariat pour gérer le moyen et long terme, les fonds de pension, désormais leur principal bailleur de fonds, leur impose un gymkhana abominable et apparemment sans fin les obligeant à naviguer à vue ! :
L’entreprise X offre une bonne rentabilité à l’instant « T », les fonds de pension achètent, oui mais voila, soudain telle autre entreprise Y annonce 1% de mieux, si X ne promet pas d’y parvenir, leurs capitaux migrent sans pitié; et on connaît la suite. La course à l’augmentation de productivité immédiate prime alors sur tout, le profit warning n’est bien souvent qu’une profitabilité dont l’augmentation n’est pas aussi excellente que prévu, les options de R & D focalisées sur le seul court terme, mais surtout le plus difficile à appréhender, c’est le travail vu comme variable d’ajustement du court terme.
On peut comprendre les besoins en flexibilité, les conséquences de l’augmentation de productivité, plus difficilement l’ajustement permettant d’éviter un profit warning de caractère moins opulent. De toutes façons, du point de vue macro économique, le système ne peut vivre que si la création d’activités et d’emplois nouveaux compense au moins ces réductions. En système libéral parfait, tout ceci est supposé s’autoréguler et s’équilibrer automatiquement dans le temps. C’est sans doute parfaitement vrai, mais désormais au niveau mondial, global, plus au niveau d’un pays ou même d’un continent.
Notre problème est bien au sein de cette économie mondialisée de préserver, ou plutôt de retrouver en France un système économique et social viable et cohérent.
Alors que faire ?
• Fermer les frontières ? Non, ce serait à l’évidence suicidaire et provoquerait des effets contraires à ceux recherchés.
• Adopter des solutions collectivistes : Non, cela reviendrait au point précédent, et nous ferait rejoindre la Corée du Nord dans son isolement agressif et son replis mortel.
• Jouer sur la monnaie ? Non, ce jeu est terminé depuis l’Euro, et nous avons repoussé sine die toute chance d’une politique européenne cohérente avec le lamentable échec du referendum européen en France.
• J’ai bien pensé à un système entre entreprises françaises, du type distribution et échange de permis de licencier similaire au permis de polluer. Inapplicable, usine à gaz à monter et psychologiquement peu positif !
• Par contre, on pourrait sans difficultés d’application majeures réduire l’inconvénient grave de notre fiscalité qui consiste à faire peser les charges sociales majoritairement sur le travail ce qui revient à faire payer aux acheteurs étrangers de nos produits le coût de notre protection sociale et de nos choix en la matière. C’est pourquoi je pense depuis des années que transférer des charges sociales du salaire vers la consommation via la TVA constitue une solution en tous points positive. Allègement des coûts de revient des produits obligatoirement intégralement réaffectés en augmentation de salaires compensant l’augmentation des prix sur le marché intérieur. Produits français en conséquence sensiblement plus compétitifs tant sur le marché intérieur qu’à l’export. … Rien que des avantages, seul inconvénient, il faut du courage pour faire bouger le système en profondeur face aux idéologues de tous poils!
• Enfin, ayant rejeté l’idée du droit à polluer / licencier, j’en suis venu à une idée bien plus simple et plus séduisante car elle s’intègre parfaitement dans la logique du système capitaliste : Pourquoi ne pas lier le taux d’imposition sur les bénéfices au taux de variation de la masse salariale au bilan sur les activités en France (dont on peut penser que l’augmentation est essentiellement liée à l’accroissement de l’emploi). Plus la masse salariale augmente et plus le taux d’imposition sur les bénéfices baisse, et vice versa. Beaucoup d’avantages : ce que fiscalement l’état ne perçoit plus en IS, il le retrouve sur la consommation et sur le moindre taux de chômage; une entreprise qui se crée ou se développe paye peu ou pas d’IS ; une entreprise insuffisamment créative pour accroître son activité en France se voit pénalisée sur son IS ; l’intérêt du dirigeant, via sa rémunération ou ses stocks options se trouve mieux lié à celui de ses salariés ; la créativité collective se trouve mieux liée à l’emploi ; …
Ces deux dernières mesures en lesquelles je crois beaucoup pourraient relancer parfaitement sainement l'activité et l'embauche dans le secteur marchand, sans côuter 45 000 euros an soit à peu près 2,5 SMIC par emploi, non pas créé, mais partagé, avec cette ineptie économique que sont les 35 heures (350 000 emplois nouveaux partagés, pour un côut annuel de plus de 15 milliards d'euros selon la gauche elle même).
Une dernière mesure complémentaire essentielle de relance saine consisterait à inciter encore plus fiscalement les entreprises à investir en R & D.
A vos critiques et suggestions…
09:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : capitalisme, capitalisme financier, capitalisme d'entreprise, inciter fiscalement
Commentaires
C'est limpide, Yves.
Concernant le taux d'imposition sur les bénéfices inversement proportionnels à la masse salariale, il me semble l'avoir entendu évoqué par qqun de l'UMP : c'est encourageant et à suivre.
Parce qu'il semble évident qu'en ce moment, et jusqu'aux élections, on "bricole" et que les bons chiffres du chômage dont on se gargarise sont principalement dûs à la création d'emplois aidés et subventionnés.
Je n'ai pas encore vu passer les propositions dans ce domaine du candidat déclaré, même si dans son discours d'Agen il dessinait quelques pistes.
Ecrit par : Anne | 28.07.2006
Anne,
Bien d'accord, aucun gouvernement de ces dernières décennies ne peut se targuer d'avoir réussi par ses mesures à faire baisser réellement et sainement le chomage.
Il a jusqu'à présent beaucoup plus varié en fonction d'influences extérieures (expansion ou atonie de l'expansion mondiale ou européenne), ou des effets mécaniques de la démographie et de la pyramide des ages, que en fonction de mesures gouvernementales diverses et parfois contradictoires dans le temps.
Sinon, pour l'histoire de la TVA, cela fait des années que l'idée courre à droite ou à gauche, mais rien. A noter que, si j'ai bien compris, les allemands semblent en partie se diriger dans cette direction (à priori sans augmentation de salaires cependant, puisque je crois qu'il s'agit de combler les déficits sociaux).
Et pour l'histoire de l'IS fonction de l'évolution de la masse salariale en france, si c'est une idée déja émise quelque part, tant mieux.
Ecrit par : yves | 28.07.2006
Votre analyse sur le comportement des fonds de pensions est inexacte. Un fonds de pension est un actionnaire STABLE. Il ne vaticine pas en Bourse. Par contre il est exigeant. Il faut que le placement soit financièrement productif afin de garantir le paiement des pensions.
Ecrit par : Jacques Heurtault | 18.08.2006
Tout dépend ce que vous entendez par stabilité. Le système en lui même, le mandat qui leur est confié par les salariés futurs retraités de gérer leur épargne retraite au mieux, veut qu'une annonce ou espérance de meilleure profitabilité par ci les fasse changer de monture, ou qu'un "profit warning" par là les pousse à voir ailleurs. Effectivement, entre les annonces, ils sont stables...
Maintenant, il est vrai qu'à côté de la part la plus spéculative de leurs placements, une autre part est orientée à plus long terme dans des valeurs de type plus "bon père de famillle". Les uns ne doivent pas masquer certaines conséquences perverses des autres.
Ecrit par : yves | 18.08.2006
J'ai l'impression aussi qu'on se fait tout un film sur la soit disante volatilité des capitaux qui chercheraient au jour le jour les titres offrant le plus de dividende et aussi offrant de belles perspectives de hausse. Je me méfie des évidences qui sont sont martelés par les médias, la gauche et les syndicats.
Je ne nie pas que ça n'existe pas mais je voudrais savoir un truc : si on prend par exemple les entreprises du CAC, quelle est en moyenne la part de leur capital négociable ? S'il est inférieur à 50%, je ne crois pas que l'action des dirigeants d'entrprise soit à ce point guidé par la volonté des actionnaires puisque de toute façon, la majorité du capital est bloqué. non ?
excusez moi, je ne suis pas un expert en marchés financiers !
Ecrit par : Loïc | 18.08.2006
Loïc,
Je ne suis pas plus spécialiste que beaucoup. Je ne fais que constater ce qui se passe de visu par mes yeux ou ceux de mes amis. Les exemples sont unanimes, toute la hiérarchie tournée sur le court terme, le résultat à 3 mois qui doit être dans les clous à tout prix même en sacrifiant l'avenir, la crainte du profit warning, ... tout cela pour éviter la fuite ou attirer les capitaux... J'ai pu le constater dans des grands groupes comme dans des start up.
Ecrit par : yves | 19.08.2006




